Ce blog est inspiré, psychographiquement notamment, par l'esprit d'Ihsane, qui n'est nullement réduit à sa dernière incarnation en tant qu'Ihsane Jarfi, mais dans sa complétude d'esprit parfait.
C'est ainsi qu'il s'est présenté et se présente à moi qui ne suis que son intermédiaire avec les incarnés, son médium.


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jeudi 21 avril 2016

Le Maroc n'est pas homophobe !




Le Maroc n'est pas homophobe ! 
Témoignage de M. Hassan Jarfi
Extraits de son livre : 
Ihsane Jarfi. Le couloir du deuil


Dans son tombeau offert à son fils homosexuel victime d'un lâche assassinat, Hassan Jarfi écrit : 
« Ce qui m'étonne, c'est que les Marocains, dépassés techniquement et économiquement par l'Occident dans le passé, sont restés plus ouverts à cette cohabitation. Ils ne jugent personne, au contraire, les hommes et les femmes n'étaient pas et ne sont pas catalogués selon leurs orientations sexuelles. » (1)
C'était réel mais invisible, car non officiel. Ce n'était pas moins le socle concret de la vie. Car quand l'officieux fait défaut, il y a délitement et crise, l'assise faisant sentir sa cruelle absence. 

Certes, il y a toujours le pouvoir officiel et la réprobation qui font dire au même Jarfi : « Au Maroc, l'homosexualité est considérée comme un délit punissable de six mois d'emprisonnement. La loi des tribunaux a donc permis aux hommes de ne plus chercher à appliquer ou à prendre position sur l'homosexualité, c'est un délit dont la sanction peut atteindre les six mois fermes. » (2)
Pourtant, ajout-t-il, « la polygamie comme l'homosexualité était pratiquée. Nous rigolions quand on entendait que tel ou tel s'était remarié. Il ne viendrait à l'idée de personne d'exposer sa vie sexuelle ou intime en public. Et tout le monde disait : "Chacun sera jugé personnellement par Dieu", chacun est libre et responsable devant Dieu et non devant les hommes ». (3)
Et dans ce qu'il appelle « cercle secret » (4), H. Jarfi raconte qu'il y a « quelques hommes maquillés, aux lèvres rouges. Ils étaient comme des  femmes. (…) Parmi eux, deux avaient les lèvres rouges et étaient maquillés comme les femmes des fêtes foraines qui exhibent leurs charmes et leurs formes. (…) Les relations sexuelles en dehors des liens du mariage, l'homosexualité, le vin : tout se faisait en cachette. Les coupables étaient punis de prison plus ou moins ferme en cas de flagrant délit.   (…) Si la drogue était interdite par extension du texte religieux, certaines confréries adoptaient son usage comme les Heddawas… (…)  Le fondateur rifain de ce mouvement, loin de présenter une déstabilisation de l'islam légaliste, introduit à juste titre une forme de monachisme errant au Maroc, même si certains adeptes rejetaient tous les avis des juristes ne suivant que leur cœur ». (5)
Relisons encore le témoignage de Hassan Jarfi, père exemplaire défendant la mémoire de son fils tué en Belgique pour cause de son homosexualité. Il parle de la société marocaine, la présentant sous un autre jour que celui auquel on est habitué : « Notre société n'est pas patriarcale, car déjà dans ma famille, c'est ma mère qui dirigeait le bateau de l'éducation et de la gestion, mon père se contentait du pouvoir exécutif. »(6)
On pourrait reproduire à l'infini ce genre de réflexions lucides sur la nature de la réalité sociale, son réel réel, au-delà des apparences trompeuses. Si je devais oser une simplification dans l'esprit de la pensée classique, je dirais qu'on pourrait qualifier nos sociétés arabes berbères au Maghreb de monarchies parlementaires informelles (MPI) où seul le pouvoir institué, le pouvoir exécutif, est entre les mains du mâle, la puissance instituante, le pouvoir législatif, l'essentiel de la réalité du pouvoir donc, étant entre les mains des femmes, ne serait-ce qu'en tant que mères ou épouses, sans parler des concubines, mais agissant en assemblée fantôme. On sait d'ailleurs l'importance du harem dans la tradition arabe islamique ; il est temps d'en étudier les retombées politiques, sociales et même religieuses !   


Citant Bouchaib Lbidaoui ayant marqué le théâtre marocain par ses rôles exclusivement féminins, Hassan Jarfi parle d'ailleurs des hommes-femmes, notamment dans les danses berbères « réalisées par des hommes imitant les femmes au plus petit détail ».(7) Parlant d'un membre à part entière de la bande des jeunes à laquelle il appartenait durant son enfance à Casablanca, il écrit : « Je dois préciser que le qualificatif d'homosexuel était attribué à la personne qui avait le rôle passif. Les autres, les actifs, n'avaient pas ce qualificatif marginalisant et quelque peu humiliant à l'époque. Personne ne maltraitait Amande, il était exactement comme nous... Amande (...) était adopté comme le sont beaucoup de personnes dans leurs bandes ou dans leurs milieux. Ces personnes bénéficiaient d'un statut à part; ils étaient dispensés de bagarre, ou de règlement de compte. On ne leur confiait jamais de missions "viriles" dès que leur état était public. Amande était (...) le protégé de la bande... Je me demande même s'il était réellement homosexuel finalement. Peut-être ce surnom lui a-t-il collé à cause de sa gentillesse anormale, de sa faiblesse à sa défendre et cogner sur les autres". (8)      

NOTES :
(1) Jarfi H., Ihsane Jarfi. Le couloir du deuil, Lucpire éditions, Liège 2013.
(2) Jarfi H., op. cit., p. 132
(3) Jarfi H., op. cit., p. 129.   
(4) Jarfi H., op. cit., p. 194.
(5)  Jarfi H., op. cit., pp. 86-89
(6) H. Jarfi, op. cit., p. 22.
(7)  Jarfi H., Ihsane Jarfi. Le couloir du deuil, op. cit.
(8) Ibid., pp. 84-85