Ce blog est inspiré, psychographiquement notamment, par l'esprit d'Ihsane, qui n'est nullement réduit à sa dernière incarnation en tant qu'Ihsane Jarfi, mais dans sa complétude d'esprit parfait.
C'est ainsi qu'il s'est présenté et se présente à moi qui ne suis que son intermédiaire avec les incarnés, son médium.


Quand on n'a que l'amour...


Bienvenue ! مرحبا

Pour comprendre le monde des esprits où je me trouve, merci de lire Allan Kardec : Le Livre des Esprits et Le Livre des Médiums.

L'étincelle de génie est en soi; faut-il la capter, en faire flamme éblouissante !


Drame d'Ihsane

La nuit du drame racontée par l'esprit d'Ihsane
(extrait de son livre)

Chapitre 4 
J'ai été victime d'homophobie


En s'attaquant à moi, le quarteron de barbares avait cherché à se défouler aux dépens d'un sous-homme, l'homosexuel. Les sauvages avaient prémédité leur coup, n'étant sortis cette nuit-là que pour s'amuser, faire la fête. Celle-ci devait être quelque peu bachique, elle fut une totale bacchanale.
Ils étaient saouls, sous l'emprise de la drogue même ; cela ne devait toutefois pas expliquer leur barbarie. Un tel élan de sauvagerie leur est venu quand ils m'ont vu m'interposer entre eux et la jeune fille qu'ils importunaient, la défendant, la faisant rentrer dans la boîte de nuit devant laquelle elle semblait attendre quelqu'un. Il culminera avec les marques de ma piété dans la voiture.
Il devait faire quatre heures du matin et j'étais sorti appeler, cherchant à joindre mon plus jeune frère, souhaitant subitement rentrer à la maison, retrouver maman, la chaleur de son amour en son jour anniversaire. J'aurais été ainsi en avance sur la famille devant se retrouver ce dimanche-là fêter l'anniversaire de notre chérie.
Je lui avais téléphoné le matin même et je ne pouvais durant la nuit me défaire de l'envie de la retrouver, lui souhaiter de nouveau joyeux anniversaire. Quelque chose m'avait ainsi pris, comme un pressentiment de ce qui allait arriver et c'est avec ma maman que j'ai eu spontanément envie de me retrouver, la serrer contre moi, me blottir contre elle, lui dire peut-être le dernier adieu. Car je ne crois pas avoir voulu fuir ma destinée, juste m'offrir un petit moment de tendresse maternelle, devenu soudain besoin irrépressible, comme un viatique pour ce que je devais pertinemment savoir m'attendre.  Avais-je même un seul instant pensé avoir au bout du fil mon frère et rentrer ? Probablement pas ; c'était l'action, le geste qu'il importait de faire bien plus que son résultat ; une symbolique gestuelle emportant l’action sans même le moindre acte. 
Cette jeune fille apeurée, si seule, si fragile, harcelée par les maraudeurs en leur voiture a-t-elle eu soudainement une apparence maternelle ou a-t-elle suscité en moi comme un instinct maternel ? En tout cas, elle y a fait vibrer une corde sensible. Il est en moi, il est vrai, une tendance innée à secourir toute personne en difficulté ; c'est donc tout naturellement que je lui ai entouré les épaules de mon bras et je l'ai fait entrer dans le bar. Comme elle était légèrement vêtue, cela suffisait pour exciter les moeurs sauvages de mes assassins, cherchant leur proie. 

Ils paradaient à ma sortie pour téléphoner. Ayant remarqué que la batterie de mon portable était à plat, ils m’ont alors proposé d'utiliser le leur ; bien mieux, me déposer si je voulais aller quelque part. Je n'avais aucune raison de leur en vouloir pour un mal qui n'a pas eu lieu, la jeune fille ayant échappé à leurs griffes ; mais savais-je que j'allais y tomber à sa place ? 
J'ai bien senti une animosité à peine dissimulée dans leur voix, des gestes faux que je mis sur le compte de la déception occasionnée par mon intervention impromptue. Leur mine n'était pas loin d'être quelque peu patibulaire, mais je n'ai jamais jugé personne sur faciès ; je m'en voulais plutôt quelque peu d'avoir été responsable, même involontairement, d’une contrariété qui semblait manifestement les affecter. Ai-je alors voulu réparer en quelque sorte les pots involontairement cassés, quitte à être cassé en retour ? La pensée d'être injuste, même par défaut, m'a toujours martyrisé, préférant plutôt subir l'injustice que la faire subir. Ce fut le début de mon martyre.           
Quand ils m’ont proposé de monter dans la voiture, j'ai bien vu qu'il n'y avait même pas de place, juste le siège pour enfant ; ils voulaient tellement  que je monte, disant qu'il y avait moyen de s’y serrer. Aussi, me suis-je fait violence pour leur faire plaisir, comme si je voulais excuser la gêne que je leur avais occasionnée tantôt, tenant compte de leur insistance, me montrant amical, m'empêchant de les contrarier une nouvelle fois. Il faut dire que dans ma culture d'origine, refuser une invitation relevait de la quasi-offense ; et quand elle était aussi pressante que la leur, cela constituait l'offense. 
En victime de rechange je m'offrais donc de moi-même ; car c'est une proie qu'ils s’étaient empressés d'avoir. Ainsi, sitôt embarqué dans la voiture quasiment de force, puisqu'il aura fallu forcer quelque peu la porte pour la fermer, j'ai tout de suite réalisé qu'il ne s'agissait que d'un traquenard pour un kidnapping, les coups ayant commencé à pleuvoir dès le démarrage de la voiture. Il n'était plus question de me permettre de téléphoner, encore moins de me déposer quelque part ; il était juste question de s'amuser à se venger de ce qu'ils estimaient avoir été un affront subi outre une soirée gâchée.
Ils ne pouvaient accepter qu'un homo, comme ils disaient, leur dicte leur conduite ou leur apprendre les bonnes manières. La loi était celle du plus fort et un homo, comme une nana, n'était bon qu'à la subir sans broncher, non point la contester au point de gâcher le plaisir les seigneurs comme eux, de vrais saigneurs. C'est ce qu'ils allaient me démontrer, l'ayant mérité par ma faute, car il fallait que je subisse leur loi, la réparer en étant leur jouet à la place de la proie que je leur avais soutiré.
Leur plaisir était d'assouvir une haineuse violence en eux ainsi qu'une sadique envie d'humilier. Frappé, je le fus donc avec violence ; je fus aussi déshabillé, tassé même à l'arrière, dans le coffre-fort de la voiture. Ce fut infernal, une véritable torture ; curieusement, comme anesthésié, j'étais absent de par les sens, pratiquement décorporé, ne sentant rien de physique, malgré l'extrême violence des coups, leur répétition sans discernement. On me l'a expliqué ici, un flux spirituel gainant l'esprit s'est diffracté sous la peau, le déconnectant du corps martyrisé. J'étais en quelque sorte en sidération.
Dès le premier coup, je me suis donc senti dans une sorte d'ascension spirituelle qui m'insensibilisait autant que j'implorais Dieu, invoquant sa miséricorde. Cela m'amenait à redoubler d'invocation, ce qui faisait se démultiplier l'animosité des barbares s'attendant que je leur crie pitié pour parfaire leur plaisir, l'exigeant même par une violence accrue. C'est bien connu, s'il n'y a pas de vraie violence sans cris de douleur, le sadisme du bourreau est bien dénué de plaisir quand la violence ne s'accompagne pas d'imploration de sa pitié, suprême humiliation sans laquelle le plaisir sadique est non seulement incomplet, mais aussi nié.

Or, ils n'ont rien eu de moi de ce qu'ils attendaient et voulaient, prenant les gays pour des mauviettes, des pleutres sans courage ni la moindre force d'âme. C'est ce qui semble les avoir poussés dans l'extrémité cruelle à laquelle ils sont arrivés sans se rendre compte manifestement soumis à leurs instincts sauvages. 
Probablement n'ont-ils pas voulu tuer au départ, me kidnappant juste pour me corriger, se faire un pédé pour une partie de substitution à leur plaisir gâché. C'est le fait d'être tombé sur quelqu'un qui contredisait leur vision des choses qui les a contrariés, révélant leur vraie nature homophobe, donnant pleine mesure à leurs pulsions haineuses, les faisant basculer dans le crime. Et emportés par leur élan, ils ne pouvaient plus s'arrêter ni ne le voulaient. Une pédale avait-elle le droit de vivre ?  
Je ne sais combien de fois s'est immobilisée la voiture avant le dernier arrêt, trois ou quatre fois pour le moins. Bien que dans le coffre, je continuais de recevoir les coups et j'avais déjà une vingtaine de côtes brisées, la tête en compote, le coup tailladé quand on me descendit une première fois, avant le dernier arrêt. Je ne restais pas moins conscient, le nom de Dieu sur les lèvres, mais apathique, pratiquement inconscient, insensible surtout aux coups redoublant de sauvagerie.    
Si j'étais soumis à la torture de mes tortionnaires, j'étais surtout dans la main de la Providence ; elle se déroulait extérieurement, ainsi que prévu, tout en m'entourant de sa miséricorde, me protégeant d'un sadisme barbare devant aller à l'extrême. J'étais providentiellement insensibilisé ; cela manifestait chez moi une totale gratitude par l'invocation divine incessante, ces remerciements de Dieu qui faisaient implacablement, dans le même temps, redoubler une maléfique violence.   
Je crois avoir eu, avant de perdre connaissance, une pensée à mon grand-père qui devait être venu m'assister aussi. Il m'aimait beaucoup et voulait, petit, me garder avec lui ; comme ma mère, il devait avoir pressenti cette fin. Comme elle, il savait que la destinée de la bougie est de brûler et fondre pour éclairer alentour. 
Cette nuit-là, la lueur de ma bougie terrestre ne s'est pas éteinte sans renaître encore plus brillante. Jeté comme un sac d'ordures au bout d'un chemin boueux, à la noirceur de leur coeur, ce qui restait de mon corps défiguré a été aussitôt électrisé à partir d'un pylône providentiel. Cela permit à l'agonie qui a duré des heures de n'être que physiquement traumatisante, sans conséquence sur l'esprit bien protégé dans un écrin de grâce divine.
Entre leurs mains tortionnaires, j'étais quasiment amorphe, littéralement inerte, moi qui suis généralement dynamique et énergique ; ce n'était pas pour cause d'acceptation de la fatalité, notre mektoub, mais du fait de cette dissociation entre mon esprit et mon corps. Il est vrai, j'ai eu comme un mouvement de fuite dans un champ quand on s'est arrêté une fois pour me frapper encore plus à l'aise, s'amuser bien mieux avec le jouet nu comme un ver. 
Le terrain était entouré de fils de fer barbelés et j'y voyais comme de l'éclair, le reflet de la lumière qui brillait en moi, déconnectant mon esprit de ma matière. C'était tel le bout du tunnel dans lequel je me sentais évoluer et mon réflexe fut d'y aller, le barbelé m'attirant, couronnement de mon ascension vers une totale lumière. C'était ma couronne d'épines, j'allais me la mettre sur la tête ; j'en ai gardé aussi des traces sur le corps.   
On m'avait totalement déshabillé et il faisait bien froid ; tout comme les coups, je ne sentais pas le mordant de la froidure. Je n'avais plus la capacité d'articuler, mais je continuais d'invoquer mon Dieu, et cela ressortait en râles. Je ne crois jamais un seul instant avoir douté de la grâce de Dieu que je sentais m'illuminer, me protégeant, car mon âme flottait dans un corps désarticulé et ensanglanté que je pouvais même par instants voir, n'étant déjà plus le mien. 
Dieu ne m'a jamais abandonné ; j'étais en sa lumière, subissant la loi de ses créatures qui ne savaient pas ce qu'elles faisaient. Ai-je eu un moment la vision du Christ sur sa croix ? Ai-je entendu sa voix crier « Éli, Éli, lema sabactani ? » ; était-ce un souvenir ; était-ce maman qui lisait sa Bible ? Ou encore cette belle toile de mon artiste préféré Dali qui me revenait à la mémoire ? Je ne sais que ceci : je rendis l'âme en rendant grâce à Dieu de ne m'avoir pas abandonné.

Je me suis vu nu, face contre terre, les brutes s'éloignant après s'être assurés n'avoir rien perdu derrière d'eux de la moindre de leurs affaires. Ils m'avaient jeté bien loin de la ville, sur un terrain vague, inaccessible, en un lieu inhabité. L'un d'eux eut même l'idée de brûler le corps afin de faire disparaître d'éventuelles traces d'empreintes digitales ; mais on finit par me laisser abandonné de longs jours au pied d'un pylône électrique à pleine intensité.    
Durant les trois à quatre heures que dura la totale séparation de mon âme d'un corps devenu méconnaissable, je ne me sentais pas seul ; j'étais spirituellement assisté. Le cocon de lumière où je me retrouvais m'a rappelé celui où, adolescent, je m'exerçais à me tenir déjà pour échapper aux désagréments, retrouver la paix.
Je n'étais plus conscient de rien, sauf de cette chaleur lumineuse qui m'irradiait et dont la source venait de haut, passant par le pylône, y augmentant en intensité. Il a dû jouer un rôle dans mon ascension, comme une gare de triage où tout était mis en oeuvre pour ce qui fut un décollage réussi vers les cieux. 
Plus tard, je compris que ma mission sur terre n'était pas terminée ; je me devais d'y rester le temps nécessaire pour la fin de la mission. C'est le prolongement de ce que fut ma vie : un amour infini. La haine qui a ravi cette vie, endeuillé les plus chers à mon cœur, ne pouvait flétrir le sentiment amoureux ; elle le rendait même plus fort, car ce qui tue l'amour le fortifie aussi dans ce qui reste en nous, notre âme, en seul antidote valide à la haine.        
Je n'ai jamais compris comment on pouvait haïr, surtout quelqu'un qui n'a jamais fait une once de mal. J'étais incapable du moindre sentiment d'inimitié, inapte à faire du mal à une mouche ; pourquoi tant de haine ? J'étais certes différent de la majorité des jeunes de mon âge ; mais cette différence ne se résolvait qu'en une sensibilité qui me portait à aimer, non haïr, qui me rendait encore plus soucieux du respect d'autrui, chercher à le comprendre, lui être utile, l'aimer même. 
Je ne crois pas avoir jamais eu de répulsion pour quiconque, surtout pas sur son apparence, fût-elle la moins avenante, la plus patibulaire. Dans un regard torve, et ils étaient de plus en plus fréquents autour de moi, je cherchais invariablement la lueur qui devait exister, se retrouvant sous la cendre, pouvant toujours être ranimée par une chaleur humaine que j'avais et que je voulais volontiers partager avec le plus grand nombre. 
Notre humanité n'a pour moi de grâce que dans le partage ; vivre seul, égoïstement, c'est ne pas vivre, c'est insulter ce dont en nous a placé notre créateur : le don d'aimer. Car vibrer d'amour, c'est faire vibrer en soi la vie. Sinon, on n'est que des fantômes de vivants, des morts-vivants. Un être vivant qui n'aime pas n'est qu'un mort visible ; or, quand on aime, même mort, donc juste invisible, on est encore plus visible que ce mort-là !